Une pause pour redéfinir ma philosophie d’entraînement


J’ai pris une pause. Silence radio sur mon blogue depuis près de 4 mois. C’est du jamais vu sur ce blogue. C’est bel et bien parce que je n’avais rien à dire, j’étais en train de méditer en fait. Mon dernier marathon m’a laissé un goût amer avec des souffrances corporelles et une blessure à l’âme.

J’avoue que courir un marathon avec une côte disloquée est une idée très stupide. Je réalise après coup que ma décision de courir dans cette situation a été aveuglée par mon orgueil (Phil tu avais bien raison). Après ce marathon, j’ai vécu un genre de burnout de la course. Plus aucune motivation, je n’avais plus le goût de courir.

Durant le mois de novembre, je parle de ce que je vis avec un ami. Il me dit qu’il ne connaît pas ce sentiment, mais qu’un de ces amis a vécu une situation similaire. Il me propose de le rencontrer pour en discuter. J’accepte, je n’ai rien à perdre. Quelques jours plus tard, je reçois une mise en relation par courriel. Je vois le nom de cet ami et je n’arrive pas à y croire, c’est un coureur élite !!! Je suis encore bouche-bée que je reçois un texto de cet ami de mon ami qui me demande si je suis libre pour aller prendre une tisane. Ça va bien trop vite, je n’ai pas le temps de bien comprendre tout ce qui se passe, mais j’accepte.

La rencontre qui va changer ma vie d’athlète

Je rencontre cet ami de l’ami qui demande l’anonymat. Je respecte ça. Nous discutons d’entraînements et de choses et d’autres pour nous mettre en aise et puis j’aborde le sujet de ma perte de motivation. Je n’ai plus le goût de courir, je n’ai plus le goût de souffrir pour courir, je n’ai plus le goût de vivre des frustrations à cause de mes entraînements, je n’ai plus le goût de m’entraîner point. Je veux passer à autre chose. Voilà, je veux abandonner la course à pied.

L’ami de l’ami comprend. Il me parle de son expérience et de son cheminement personnel. Je l’écoute et j’ai peine à croire. Je connais cette personne, mais je ne savais pas qu’il avait vécu ça. À un certain point pendant son récit de vie, j’éclate en sanglots dans le restaurant. Les gens se retournent. Je crois qu’il pense que c’est un couple homosexuel qui vit une rupture. Une leçon d’humilité en direct. Je leur souris et eux, ils baissent des yeux. Je m’identifie au vécu de l’ami de l’ami, je viens de comprendre à mon tour. Merci l’ami de l’ami.

À ce moment précis, j’accepte d’abandonner la performance en course à pied et non la course à pied. Cette quête de performance me rend malheureux. J’accepte de faire de mon mieux et j’accepte le résultat de mes entraînements quel qu’il soit. L’important, c’est de courir. J’accepte aussi de laisser aller Boston. Je ne sais pas si je vais recourir le marathon de Boston un jour, mais je sais que si je fais de mon mieux, je vais courir Boston de nouveau. C’est ça la nuance. Je ne sais pas si vous comprenez, mais pour moi, toute cette phrase est ma nouvelle philosophie d’entraînement.

Les changements dans ma vie

Dans les semaines qui ont suivi, j’abandonne Dailymile, fini les entraînements publiés sur Twitter,  je cours sans montre ou chrono, bref je laisse aller, j’abandonne. C’est vraiment pénible laisser aller car j’ai le goût de connaître mon allure. Après quelques jours de cette nouvelle méthode d’entraînement, la bonne humeur revient. Je recommence à me sentir vivre de nouveau. J’éprouve de bonnes sensations en course. Ce moment est toutefois de courte durée car je me blesse … Entorse de la cheville et du genou lors d’une sortie tranquille avec mon chien.

Pour une fois, une blessure arrive à un excellent moment. Je n’ai pas eu le choix, mais j’ai quand même décidé de prendre une pause de 3 mois pour me permettre de bien digérer ma nouvelle philosophie d’entraînement, soit faire de mon mieux sans me chronométrer.

Je crois que j’avais beaucoup de stress accumulé dans mes muscles. De telle sorte, je me suis retrouvé avec des douleurs au cou, aux épaules, des points de stress dans le dos, des douleurs lombaires et des crampes dans les cuisses. Jamais en entraînement, je n’ai eu autant de douleur. Sans parler de la fatigue, alors là, je dors des 10 à 12 heures par jour et des siestes le weekend. Mon corps se rebelle, mais j’accepte. Je ne sais pas où tout ça me conduit, mais je me laisse guider.

Après trois mois de ce régime, je suis de retour sur pied. Il me reste encore une douleur au cou et je reçois toujours des traitements de physio. La guérison est sur la bonne voie. Je n’aurais jamais penser vivre autant d’émotions et de souffrance pendant cette pause. C’est comme si j’avais vécu une désintoxication de la performance. C’est illogique, mais c’est ce que je pense.

Cette période de méditation et de guérison m’a permis de refaire le plein au niveau mental, j’en avais grandement besoin, ainsi qu’au niveau physique, j’en avais bien besoin aussi. J’ai modifié la manière dont je m’entraîne car je n’ai plus de mesure de mes entraînements. Je ne sais pas la distance ou le temps et encore moins l’allure. Je fais de mon mieux et j’ai du plaisir. De cette manière, j’ai redécouvert le goût de courir grâce à l’ami de l’ami qui est devenu mon ami. Je lui envoie parfois des textos pour lui dire merci de m’avoir fait découvrir cette nouvelle philosophie d’entraînement. Il me répond que lui aussi fait de son mieux. Si un coureur élite peut le faire, un ti-cul amateur comme moi peut certainement le faire aussi.

Demain, 29 février, je commence un programme d’entraînement pour le marathon d’Ottawa Banque Scotia. Ce programme est de faire de mon mieux et d’avoir du plaisir. Par contre avec ce programme, je n’ai pas à me soucier du résultat car je sais déjà que je vais … faire de mon mieux.

A propos trainingforboston

En affaires, c'est comme courir un marathon car l'important c'est de durer. Marathonien 20 fois.
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15 commentaires pour Une pause pour redéfinir ma philosophie d’entraînement

  1. campagnarde dit :

    le sport doit rester un plaisir, même si on peut toujours faire mieux. Tu as du arriver à un « trop plein » physique qui a joué sur ton mental. C’est bien d’avoir trouvé quelqu’un qui a vécu la même chose pour en parler.
    Avec cette nouvelle philosophie, tu as encore su évoluer, bravo.

  2. louis-Philippe Beaudin dit :

    Laisse ton expérience se dérouler et demeure fidèle à ton organisme à chaque moment. À+

  3. gilles lamontagnre dit :

    très beau récit mon Luc et excellente prise de décision dans ton cas, tot ou tard il faut lacher prise à la performance et y aller courir pour le plaisir car la course à pieds ce n’est pas notre gagne-pain mais bel et bien un loisir et je te souhaite bonne chance pour la suite des choses…… Gilles L.

  4. normquiroule dit :

    Mon corps se rebelle, mais j’accepte. Je ne sais pas où tout ça me conduit, mais je me laisse guider….Tellement vrai…..

  5. vinvin20 dit :

    Ah mon Luc!!! Te connaissant, tu as du en effet passer des moments bien difficile toi qui a toujours ete a la recherche de la performance. Je suis content que tu ai retrouvé le gout de courir!
    Tu vas pouvoir faire comme moi, et courir enfin « que » pour le plaisir!!! Tu vas pouvoir etre libre en laissant de coté le chrono. Je te souhaites de belles courses, et fait nous découvrir tes coins de pays comme tu l’avais fait il y a quelques années dans Otawa (en mode photos). Tu as tellement donné de toi pour Boston, tu peux maintenant lâcher du lest.

  6. François dit :

    Très intéressant ton billet Luc ! Je suis content de lire de nouveau mon blogger préféré. Je n’ai jamais vécu une telle baisse motivation. Cependat, j’ai du accepter graduellement la baisse de mes performance à la fin des années 90. Ça n’a pas été facile. Maintenant, je pense m’améliorer à partir de mes nouveaux temps de référence. J’ai autant de plaisir qu’avant sinon plus. Tout est une question de perpective. J’espère qu’on va se voir à Ottawa comme les années antérieures.

  7. Ayant vécu récemment une baisse de motivation (moins « grave », mais quand même), je peux très bien te comprendre. C’est tout de même rassurant de savoir qu’on n’est pas seul à vivre des choses comme celle-là.
    Bon retour Luc !

  8. Pierre dit :

    Très intéressant de te lire, et comme Frédéric je me retrouve aussi dans cette fatigue accumulée, et cette transition de la performance à la ‘base’, soit le pur plaisir de courir sans contrainte!

  9. Rohnny dit :

    Super post Luc, c’est un peu comme moi… Je ne veux plus courir apres le chrono mais juste prendre un MAX de plaisir et rien de plus pour l’instant. Content d’avoir de tes nouvelles.

  10. chantaki dit :

    Merci pour le partage de ces moments de remise en question que tu viens de vivre, et je te souhaite le meilleur pour ta préparation du marathon d’Ottawa avec cette nouvelle philosophie de l’ami de ton ami devenu ton ami😉

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