Marathon Desjardins de la vallée de la vallée de la Rouge 2015


Le 11 octobre dernier, j’ai participé au marathon Desjardins de la vallée de la Rouge. Il s’agissait de ma seconde participation. L’an dernier, j’avais fait un temps de 3h22’36.  En entraînement, mes temps de références étaient similaires à l’an passé. J’avais donc bonne confiance de faire un bon temps de nouveau cette année et même espérer une nouvelle qualification pour le marathon de Boston en 2017.

Toutefois, je me suis fait jouer un vilain tour. Dans la semaine précédent le marathon, je me suis retrouvé au prise avec un sacré gros rhume. J’ai fait de la fièvre pendant 6 jours. Je n’ai pas été capable de courir durant la semaine. De plus, j’ai éprouvé de la difficulté à manger car je n’avais tout simplement pas faim. Ce n’est pas bon signe lorsque l’on doit faire des réserves avant le marathon. Enfin, pour couronner le tout, en éternuant, je me suis disloqué une côte. Une visite chez le physio l’a replacé, mais la douleur est bien présente.

La veille du marathon, je me demande si j’y vais ou je n’y vais pas. Je décide de prendre ma décision le matin matin. On verra bien comment je me sens.

Le matin du 11 octobre, je me sens relativement, mais faussement, bien. Je ne fais plus de fièvre, mes voies respiratoires sont dégagées, ma côte s’est de nouveau disloquée en éternuant, bref je ne suis pas à 100%. Je décide d’y aller quand même et je vais me contenter de franchir la ligne d’arrivée en oubliant l’idée d’un chrono. Je me présente donc à la ligne de départ tout chétif, affaibli, en douleur et frustré d’avoir été malade et d’avoir « scrapé » 8 semaines d’entraînement. Un état physique et mental parfait pour un marathon … mais non !

Contrairement à l’an dernier, le départ est donné à l’heure car le brouillard n’est pas au rendez-vous. Les premiers mètres défilent à vive allure. Dès le départ, je suis aspiré par l’allure des autres participants et ça va vite ! Bien trop vite. Je me tasse sur le côté et je laisse les coureurs passés. Je prends mon rythme. Je me sens mieux que je ne le pensais. Ma côte ne me fait pas trop souffrir.  Les sensations ne sont pas mauvaises, elles sont plutôt bonnes. Je commence à croire que je vais peut-être réussir un chrono de 3h22. Le moral revient. Est-ce possible malgré cette semaine de m…isère que j’ai passée ?

Comme je n’ai pas pu faire le plein de glucides durant la semaine, je me suis apporté 8 gels juste au cas. Après 10 kilomètres, je sens que ça va être l’enfer mon affaires. Le moral en prend pour son rhume, oui maudit rhume. Je prends un premier gel. J’ai déjà plus de réserves et il me reste 32 km à faire.

Je passe au demi en 1h40. J’espère pouvoir terminer le marathon en 3h30. Je suis en mode survie et je gère ma course du mieux que je peux.

Ce marathon est couru sur la piste cyclable du Petit train du nord. Il n’y a presque pas de spectateurs le long du parcours. De plus, nous ne sommes que 60 participants au marathon. Comme les coureurs sont éparpillés sur le parcours, on court seul. C’est un combat intérieur que je vis et je suis le seul à m’encourager. C’est justement pour cette raison que j’aime ce marathon. C’est différent des gros marathons. Sur ce parcours, je suis connecté avec moi-même. Il n’y a pas d’éléments extérieurs qui viennent me déranger. Je ressens donc pleinement ce que  je vis. Je peux vous dire que passé la mi-parcours, ce que je vis, c’est carrément un désespoir et je me motive en voulant finir mon marathon.

Au 32 km, je m’arrête pour une pause pipi. Lorsque j’arrive pour repartir, le moteur ne veut plus. Je ne suis pas capable de courir. Rien à faire, je marche beaucoup et je cours à peine. Les quelques coureurs qui me dépassent me demande des nouvelles. Je réponds que ça va aller. De mémoire, il me semble qu’il y a un point de ravitaillement vers le 34 km. Je dois m’y rendre pour faire le plein.

Après plusieurs minutes qui m’ont paru des heures, j’arrive au ravitaillement du 34,5 km. Une bénévole me voit tituber et veut prévenir les secouristes. J’ai vraiment l’air en mauvais état. « Ça va aller » que je lui dis, « je suis en hypoglycémie ». Il me reste 3 gels que j’enfile rapidement et je fais le plein de Gatorade. Après plusieurs verres, ça ne va pas mieux. Je m’assois parterre et la même bénévole vient aux nouvelles. Elle trouve, avec raison, que j’ai mauvaise mine. Elle me pose pleins de questions et mes réponses sont cohérentes. Ça semble la rassurer.  Je lui réponds que je dois simplement manger. Sans hésiter, elle me donne son repas de bénévole ainsi que son café. Merci, j’en ai tellement besoin. C’est plus que j’en demandais. Je suis profondément ému. Au total, je passe environ 10 minutes au point de ravitaillement. Après avoir manger et bu, les sensations reviennent et je reprends des couleurs. Je me lève et je remercie la bénévole. « Quoi, tu repars !!! » car elle pensait que j’avais abandonné. « Vous m’avez aidé et j’en suis reconnaissant. Je vous remercie ! »

Il me reste 7,5 km à faire. L’énergie est revenu. Je vais y arriver. Pendant les derniers kilomètres, je me mets à penser que je n’avais jamais vécu un tel moment en course. Je cherche à repousser mes limites. Je crois toujours que mes limites sont en termes de temps. Par contre, cette fois-ci, j’ai exploré une facette de moi que je ne connaissais pas, celle de cette fragilité où une bénévole fait don de son repas du midi pour me permettre de reprendre des forces. Je rends grâce à la vie sur ces derniers kilomètres.

Je termine le marathon en 3h42. J’ai peine à croire que j’ai fait ce temps. Je pensais que j’avais fait plus de 4 heures tellement que j’en ai arraché.

Après avoir passé le fil d’arrivée, il y a une chiro qui donne des soins gratuitement. Je lui demande si elle fait des miracles car j’ai une côte de disloquer. Elle me demande de me coucher pour m’examiner. Bien oui, j’ai une côte disloquée. De par sa réaction, je crois qu’elle doutait de mon diagnostic.

Chiro : Tu as couru comme ça ?

Luc : Oui

Chiro : C’est quelle course que tu as fait ?

Luc : Marathon

Chiro : Marathon ? T’as abandonné ou quoi ?

Luc : Non, je viens de franchir la ligne d’arrivée.

Chiro : Shit ! t’as fait un bon temps en plus. T’es malade !!!

Luc : Merci

Crack, la côte est remis à sa place et la douleur s’évapore. Quel soulagement enfin !

Je repense à comment je me sentais avant d’arriver au ravitaillement. Il y avait un mélange de peur et de déception en moi. Je me demandais vraiment si j’étais pour m’en sortir. Ce ne sont pas de bonnes sensations. Ça m’a pris du temps à écrire ce compte-rendu. Je crois que cette expérience m’a transformé. Je n’en sais encore trop rien. Je n’ai pas la certitude, mais je crois que mon attitude envers le marathon vient de changer. Je n’ai pas aimé ça vivre ses sensations. Je vais devoir respecter un peu plus mon corps. Je pense, je ne suis pas certain, oui j’hésite encore. Je vais prendre une pause de la course et refaire mes énergies physiques et mentales pour mon prochain marathon en mai à Ottawa.

Merci à cette bénévole, que je ne connais pas, qui par son geste m’a sauvé de bien des déboires. Le pire, c’est que je suis incapable de me rappeler qui elle est. Si quelqu’un sait qui elle est, vous pouvez lui dire merci de ma part.

P.S. C’est ce que je me rappelle de mon histoire au ravitaillement alors c’est possible que la réalité soit déformée car j’en ai oublié des bouts.

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8 commentaires sur “Marathon Desjardins de la vallée de la vallée de la Rouge 2015

  1. Cette prise de conscience est fascinante et personne ne sait mais pas toi ou cela ma te mener mais une chose est sûre, t’a intérêt à l’écouter. Considère toi ben chanceux, c’a n’arrive pas à tout le monde. Parmi ceux qui le vivent quelque soit comment, il y a beaucoup qui passe à côté pcq c’a fait terriblement peur pcqu’on sait pas ou c’a mène. Faut que tu sois généreux et confiant envers toi-même et c’a bien aller. D’un vieux sage

  2. Je suis toujours content de lire tes billets même si ce marathon à été extrêmement difficile. Tu transmets très bien tes expériences. La course c’est comme la vie: toutes les expériences sont bonnes. En passant, j’ai l’impression que tu as eu une fringale comme les cyclistes. Ça m’est déjà arrivé dans les années où je m’entraînais pour le triathlon et que je faisais beaucoup de vélo. J’avais mangé un hot dog et des frites et j’étais reparti comme un neuf 🙂

  3. Incroyable j’ai de la difficulté à comprendre comment tu as terminé ton marathon et avec un temps plus que respectable. Une machine je n’en reviens tout simplement pas.Soigne toi bien Ottawa va arriver bien assez vite. Stéphane

  4. Tu es juste incroyable, un mental d’acier et un courage exceptionnelle, BRAVO Luc et repose toi bien maintenant, tu le mérite bien 🙂

  5. Salut Luc,
    Je viens te féliciter d’avoir accompli le tout dans de telles circonstances. Pour ce que tu vie présentement, je te suggère de laisser le temps faire son oeuvre. Ta situation me rappelle la scène dans le film Excalibur où un jeune Arthur demande à son conseiller Merlin ce qu’il doit faire à ce moment précis, et Merlin de lui répondre dans un ton très calme et rassurant d’être calme, d’être tranquille, de se reposer dans les bras du dragon. Repose-toi, mon ami.

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