Entretien avec un coach sur les différences entre un coach et les programmes


Plusieurs ouvrages sont des références dans le domaine de la course à pied. Ces livres permettent aux coureurs de se préparer à réaliser leurs objectifs. Pour ma part, depuis quelque temps, je suis un adepte de Run Less Run Faster avec l’approche du 3 plus 2.

Il en existe plusieurs autres tel que Jean-Yves Cloutier avec Courir au bon rythme et les auteurs américains tel que Jeff Galloway, Jack Daniels, Advanced Marathoning et les frères Hanson de l’école de Chicago. Nous retrouvons également Bruno Heubi en France. L’idée de ce billet n’est pas de recenser les différents programmes d’entraînement. J’ai voulu discuter avec un entraîneur professionnel des différences entre ces programmes d’entraînement et le fait d’avoir un coach personnel en course à pied.

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J’ai la chance de connaître Jean-Philippe Morency de KinO2 Consultation (http://kino2.ca/), un entraîneur professionnel spécialisé en course à pied. Je l’ai rencontré afin de discuter des différences entre ces programmes et un coach professionnel en course à pied.

Training for Boston (TFB) – Qu’est-ce qu’il y a de différent entre les programmes énumérés en introduction et un coach ?

Jean-Philippe Morency (JPM) – Maudite bonne question !  Le fait d’avoir un coach permet d’avoir du recul par rapport à l’entraînement. En choisissant un programme d’entraînement, l’athlète fait des choix et même plusieurs. Souvent, les gens vont faire ce qu’ils aiment et ne feront pas les entraînements qu’ils n’aiment pas. De plus, l’athlète décide d’ajuster lui-même son programme en fonction de ses sensations.  Mais les entraînements aux sensations ne sont pas fiables. J’ai plusieurs coureurs qui viennent me voir qui sont soit courbaturés ou aux prises avec des blessures. Ils ont fait des efforts et ils ont travaillé, sans aucun doute et peut-être un peu trop. Toutefois, ils n’ont pas de programme adapté à leur niveau. Juste le fait d’ajuster les entraînements, les gens progressent plus rapidement.

TFB – Qu’est-ce que tu proposes ?

JPM – Trop souvent, les athlètes restent dans le connu, et ils font du surplace. En tant que coach, je les amène vers l’inconnu. Pour progresser, les athlètes vont travailler leurs faiblesses et souvent ce sont des entraînements qu’ils n’aiment pas faire. Ils ont fait des choses pendant plusieurs années et là ils sont au bout de leur progression. Je ne peux pas leur faire faire la même chose. Il faut donc trouver d’autres moyens d’entraînements.

TFB – Mais la motivation, elle est maintenue comment lorsque c’est juste ce qu’ils n’aiment pas ?

JPM – Pas juste ce qu’ils n’aiment pas, mais il y a plusieurs entraînements difficile ou pas très plaisant ! La motivation est soutenue par l’objectif et la mesure des progressions. Les gens sont à une certaine VMA, mais les entraînements les amènent à augmenter leur VMA. C’est motivant. Il y a des résultats positifs. Également, j’ai un suivi quotidien avec tous mes athlètes et les entraînements sont ajustés en fonction de l’horaire ou des imprévus de la vie.

TFB – Tes athlètes ont quoi comme objectif ?

JPM – C’est varié. Ça va de vouloir compléter une distance à réaliser un temps précis. Plusieurs de mes athlètes se sont qualifiés pour le marathon de Boston. Je garde toujours l’objectif de l’athlète comme source de motivation. Dès fois, un athlète m’appelle pour me dire qu’il veut changer son entraînement car ça ne lui tente pas, il est fatigué ou il n’a pas eu une bonne journée. Je lui dis : « Tu es fatigué ou tu n’as pas le goût? » Et je fais un long silence … puis j’entends : « Non, ça va, je vais aller m’entraîner. » Mes athlètes me payent pour les entraînements, je le sais, mais je ne veux pas juste qu’ils s’entraînement, je veux qu’ils réussissent. S’il faut que je leur botte le derrière pour qu’il le fasse, je vais le faire. Il y a un athlète qui me dit : «  il y a 2 personnes que j’écoute dans la vie, mon épouse et mon coach » ! Toute une responsabilité pour moi alors il est mieux de réussir.

TFB – J’adore ça. Je veux revenir sur un élément important, tu as mentionné que l’athlète fait des choix quand il prend un programme d’entraînement. Dans les différentes écoles de courses, le rythme de référence varie. Qu’est-ce que tu utilises comme référence pour les allures ?

DSC_2444JPM –Je fais faire un test de lactate et ce test détermine les zones d’entraînement, soit les vitesses pour travailler l’endurance, le seuil anaérobique (ou endurance aérobie limite) et la VMA. Par la suite, je fais un programme personnalisé qui permettra de repousser ces zones, donc améliorer les performances.

TFB – Qu’est-ce qui est travaillé dans ce programme personnalisé ?

JPM – Je fais travailler plusieurs choses, soit les différentes filières énergétiques utilisées en course de fond (la VMA, le seuil anaérobique et l’endurance), le gainage, la musculation et la plyométrie, la souplesse, la nutrition, la psychologie sportive. Dans ton corps, tu as peut-être 15 minutes ou 20 minutes de glucides pour te permettre de courir rapidement. Il faut entraîner le métabolisme à puiser l’énergie ailleurs. Cette énergie provient des lipides accumulés. Nous avons en nous l’équivalent de plusieurs marathons en lipides. Le fait de courir à différents rythmes et des distances variées permet de solliciter les différentes réserves énergétiques. Entre autres, l’acide lactique qui peut être utilisé  comme source d’énergie. Des montées d’acide lactique bien calculées permettent à un coureur d’augmenter sa production énergie en recyclant le lactate.

À une vitesse réduite, il y a une production d’énergie et de CO2, avec une production de lactate très faible. Puis, lorsque le corps ne réussit plus à fournir suffisamment l’énergie, il produit de l’acide lactique. Il est possible d’entraîner le métabolisme de l’athlète à favoriser la consommation de lipides par les cellules, à augmenter sa capacité à recycler le lactate, et améliorer sa VMA.

TFB – Là on parle d’acide lactique sur un marathon ?

JPM –  Je vais en faire sourciller quelques-uns, mais un marathon, ce n’est pas si long que ça. Il y a des courses bien plus longues dans l’ultra. Lorsque l’athlète s’entraîne à courir de longues sorties, il devient bon à courir des sorties de plus en plus longues. Acquérir une endurance pour le marathon, c’est relativement facile. Courir rapidement un marathon, c’est plus difficile. Selon moi, pour un marathon, il faut privilégier la qualité plutôt que la quantité. Donc pour moi, pas de longue sortie de plus de 3 heures, du travail de VMA, du seuil, de l’endurance fondamentale, de la musculation et un travail du tronc. Le tronc c’est le dos aussi, pas juste les abdos. En augmentant sa VMA et son seuil anaérobique, l’athlète va augmenter son endurance sur marathon.

TFB – La différence pour toi entre un coach et les différents programmes d’entraînement, ce sont les filières énergétiques, c’est bien ça ?

JPM – Il ne faut pas avoir peur de changer ses entraînements. Ne pas faire toujours les mêmes choses. Il faut s’inspirer de ce qui fonctionne pour les athlètes. Actuellement, la question de l’acide lactique comme filières énergétiques c’est une théorie. Jadis, les gens croyaient que le soleil tournait autour de la terre et que la terre était plate. C’était une théorie. Depuis, les choses ont changé et évolué. La question du lactate comme filière énergétique est encore une théorie. Il y a des tests et on voit que cela donne de bons résultats. L’Important c’est l’atteinte des résultats.

Pour répondre à ta question, la différence entre un plan tiré d’un livre et un entraîneur est évidemment le contact humain. L’entraînement n’est pas seulement une science mais aussi un art. Cela permet plus de flexibilité et aussi un appui dans sa motivation.

TFB – Je te remercie de t’avoir prêté au jeu. C’est toujours agréable de discuter course à pied avec un passionné. C’est une autre perspective que tu nous présentes et c’est ce que je recherchais. Je sais que mes lecteurs vont bien aimer.

JPM – J’aime bien lire ton blogue. J’espère que tes lecteurs vont aimer, mais surtout que je n’ai pas trop froissé de gens avec mes idées nouvelles.

A propos trainingforboston

En affaires, c'est comme courir un marathon car l'important c'est de durer. Marathonien 20 fois.
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3 commentaires pour Entretien avec un coach sur les différences entre un coach et les programmes

  1. François dit :

    Très intéressant ! Je retiens la variété dans les entraînements.

  2. Valcox dit :

    Super article ! Je retiens :
    – il faut « surprendre » son corps pour progresser
    – adapter son plan selon son profil, sa forme, ses disponibilités, ses impératifs, …
    – privilégier la qualité à la quantité
    Facile en théorie (encore que !), nettement plus compliqué à adapter soi-même … C’est là que le coach intervient. Si on a la chance de pouvoir en avoir un, c’est le top ! Encore qu’il y a coach et coach … Faut bien le choisir😉

  3. Rohnny dit :

    Merci luc pour ce post bien intéressant🙂

Les commentaires sont fermés.